Dom Simon
A touch of Hopper
5 Fév. - 12 Avril 2026
Hangar 107
107 Allées François Mitterand
Rouen (FR)
Fonds de dotation Gilles Treuil & Collection Hangar 107




















L’épreuve du flou
À première vue, les images de Dom Simon semblent appartenir au domaine de la photographie. Les cadrages, les atmosphères lumineuses, les reflets et les situations évoquent un imaginaire visuel immédiatement identifiable façonné par des décennies d’images photographiques et cinématographiques. Pourtant, rien ici n’est photographié. Chaque œuvre est entièrement dessinée, patiemment construite par l’accumulation de gestes et de strates graphiques qui font émerger une image à la fois précise et instable.
Le flou n’est ni un accident ni un simple effet visuel. Il constitue le principe même de la construction de l’image. Là où la culture visuelle contemporaine valorise la définition maximale et la netteté absolue, Dom Simon introduit volontairement une zone d’incertitude. Les contours se dérobent, les surfaces vibrent, les silhouettes apparaissent comme à travers un voile perceptif. L’image semble toujours en train d’advenir, jamais totalement fixée.
Cette indétermination transforme l’expérience du regard. Devant ces œuvres, la perception ne se donne pas immédiatement, elle se construit progressivement. Le spectateur croit reconnaître une scène, puis doute de ce qu’il voit. Les reflets se confondent avec les figures, les vitrines dédoublent les plans, les corps semblent parfois appartenir à plusieurs espaces à la fois. L’image cesse alors d’être un simple objet de reconnaissance pour devenir un espace d’expérience.
Dans A Touch of Hopper, cette esthétique du flou prend une dimension narrative. L’exposition se déploie comme une suite de moments suspendus, semblables aux fragments d’un film dont la narration resterait volontairement incomplète. Dans ces scènes urbaines, des figures apparaissent, souvent isolées, présentes dans le même espace sans véritablement partager la même expérience.
La référence à Edward Hopper se manifeste ici moins comme une citation que comme une résonance. Chez Hopper, la ville est un théâtre silencieux où les personnages coexistent dans une proximité sans dialogue. Dom Simon prolonge cette intuition mais la déplace dans un paysage visuel profondément contemporain, traversé par les écrans et les surfaces réfléchissantes qui médiatisent désormais notre relation au réel.
Dans ses œuvres, les figures sont absorbées par l’éclairage froid de leur téléphone, devenue l’une des nouvelles sources lumineuses de notre paysage visuel. Penchés sur leurs écrans, les corps sont happés par une présence invisible qui reconfigure leur rapport à l’espace et aux autres. Le téléphone capte l’attention et redessine la scène.
Les individus partagent le même lieu physique, mais paraissent habiter des réalités parallèles, connectées à des flux d’images et d’informations qui les éloignent paradoxalement du monde immédiat.
C’est dans ce contexte que la notion d’hypervisibilité prend tout son sens. Notre époque produit et diffuse des images à une échelle inédite, rendant chaque instant potentiellement visible, partageable et archivable. Face à ce régime de visibilité totale, le flou de Dom Simon réintroduit une zone d’opacité dans un univers saturé de clarté.
Le choix du dessin participe pleinement à cette position. Alors que la photographie capture un instant, le dessin implique une durée. Chaque œuvre résulte d’un travail lent et méthodique. L’image se construit progressivement jusqu’à atteindre ce point d’équilibre fragile où la forme demeure perceptible sans jamais se figer complètement.
Comme le rappelait René Magritte, l’image doit « susciter le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaires à la vie des idées ».
Dans un monde de transparence absolue, Dom Simon rend aux images ce qu’elles ont peu à peu perdu : leur mystère.