24 sept. 2020 - 28 févr. 2021

Olivier Kosta-Théfaine
Cette sorte de sourire que sont parfois aussi les fleurs au milieu des herbes graves

Hangar 107 107 Allée François Mitterrand
Rouen (FR)

Infos sur OLIVIER KOSTA-THÉFAINE

© Julien Tragin

Depuis son ouverture en 2018, le Hangar 107 défriche un terrain vague saturé de mauvaises herbes et d’odeurs de bombe aérosol. S’il fallait le délimiter sur la carte officielle des expressions artistiques, il serait quelque part à la marge, sur une faille sismique entre graffiti et art contemporain. Les artistes qui ont exposé ici ont en commun leur trajectoire en forme d’échappée. A de très rares exceptions près, ils ont commencé leur vie d’artiste une bombe aérosol à la main, dopés à l’adrénaline du graffiti. Puis, sur le seuil des galeries d’art, des musées, des résidences, ils sont allés voir ailleurs. Souvent pour mieux chercher, de détours en pas de côté, ce qui les avait fait vibrer, adolescents, dans l’expérience de la ville. Olivier Kosta-Théfaine est de ceux-là, bien sûr, mais il tient dans cette aventure le rôle d’un défricheur et même d’un mentor. L’exposition que nous lui consacrons éclaire à ce titre la ligne que nous suivons depuis deux ans, et révèle la cohérence et les spécificités de notre programmation.

Il faut dire que l’artiste arpente le terrain de longue date. A coups de tags d’abord, puis de typographies, puis d’installations, il scrute son environnement comme un paysage. Chez lui, la bifurcation évoquée plus haut s’opère dès les années 1990. A l’époque, on ne parle pas, ou si peu, de Street art, et le mouvement n’est pas encore devenu ce chewing-gum usé qui colle aux semelles. L’expression signe plutôt la promesse d’une bouffée d’air un peu moins saturé que l’air du graffiti. De fanzines en expositions collectives aux allures de manifeste, Stak, comme il s’appelle alors, le respire à plein poumons, avant de partir en courant. Devenir décorateur urbain ou désamorcer le graffiti en le figeant sur toile, très peu pour lui. Olivier Kosta-Théfaine veut plutôt débusquer partout où il va l’envers du décor. A commencer par celui où il a trainé ses guêtres à l’adolescence : la banlieue. Des fragments d’une démolitition, il fait un « souvenir des Indes ». D’un sol jonché de tessons de bouteilles, un jardin à la française. D’un hall d’immeuble cramé à la flamme d’un briquet, une grotte de Lascaux ou une chapelle Sixtine. D’une promenade dans les quartiers « politique de la ville », un bouquet d’herbes folles. Parce que la périphérie est son centre, il retourne les paysages qu’il arpente pour en inverser la charge. Il rehausse ce qu’on dit négligeable et dévalue ce qu’on est tenu d’admirer. Indocile aux stéréotypes et aux conditionnements, son oeuvre ouvre des brèches où l’on peut se nettoyer le regard. Pour qui accepte de voir, de voir vraiment, sans les filtres habituels, c’est une leçon de vi(ll)e dont on ne se remet pas.

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